Actes des Apôtres et Exorcisme. Passages des Actes des Apôtres concernant les pratiques d’exorcisme

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di Flavio Cavallini, ofm, bibliste et exorciste*

 

  1. Introduction

 “Da locum Spiritui Sancto, qui per beatum Apostolum suum Petrum te menifeste stravit in Simone mago; qui fallaciam tuam in Anania et Saphira condemnavit; qui te in Herode rege honorem Deo non dante percussit; qui te in mago Elyma per Apostolum suum Paolum caecitatis caligine perdidit, et per eumdem de Pytonissa verbo imperans exire praecepit. »1

Ces paroles du Rituel Romain, répétées d’innombrables fois lors de l’Exorcisme majeur, ont attiré mon attention sur les Actes des Apôtres, me conduisant à les relire selon un point de vue nouveau, auquel je n’avais jamais prêté attention auparavant. En bref, j’ai eu l’impression que les péricopes des Actes où sont mentionnées des réflexions liées à l’exorcisme n’étaient ni sporadiques ni privées d’intérêt. Je me suis donc reproposé d’analyser ces passages en y ajoutant des observations provenant aussi bien des  commentaires exégétiques que des expériences  que j’ai mûries dans l’exercice de mon ministère d’exorciste. Une telle tentative ne m’a pas semblé superflue, dans la mesure où elle permet d’élargir la vue d’ensemble théologico-biblique que l’on trouve d’habitude dans la littérature désormais abondante sur l’exorcisme. En effet, alors que d’un côté il est relativement facile de trouver des commentaires et analyses détaillées sur l’activité d’exorciste de Jésus telle que nous la rapporte les Evangiles synoptiques2, de l’autre il est beaucoup plus rare d’en trouver dans la deuxième partie de l’œuvre de Luc sur les développements de la même activité exercée par les Apôtres.

La raison pour laquelle les passages des Actes sont objets d’une attention moindre dans la littérature spécialisée de ce secteur, est sûrement à rapporter au fait qu’ils présentent des situations qu’on ne peut pas toujours rattacher aux schémas habituels des récits d’exorcisme et de libération. Malgré cela, j’estime que leur place dans le contexte général des Actes et dans l’horizon de la pastorale missionnaire nous dévoilera l’apport non négligeable que Luc offre à la compréhension de la lutte de l’exorcisme face à des contextes culturels et à des personnes qui offrent un terrain adapté à l’enracinement de l’action diabolique.

Notre itinéraire se déroulera suivant deux directions principales. Après avoir recensé les passages qui nous intéressent principalement, nous chercherons, avant tout, à mettre en lumière la signification  qu’ils prennent par rapport au plan de narration qu’a suivi Luc dans la structure de la seconde partie de son œuvre. Dans un second temps nous commenterons chacun des passages pour relever les problématiques des contextes pastoraux dans lesquels se déroule la mission de l’église apostolique.

2. Sommaires et récits intéressant l’exorcisme sur le plan littéraire et théologique dans les Actes des Apôtres

Donc, les passages des Actes des Apôtres pris en considération dans cette recherche sont les suivants:

5,12-16:

Activité  thaumaturgiques et d’exorcisme des Apôtres à Jérusalem et en Judée

8,4-8:

Activité thaumaturgiques et d’exorcisme de Philippe en Samarie

8,9-13.18-24:

Confrontation entre Pierre et Simon le magicien en Samarie

13,6-12:

Confrontation entre Paul et Ėlymas le magicien à Paphos

16,16-18:

Rencontre de Paul avec l’esclave possédée à Philippes

19,11-12:

Activité thaumaturgiques et d’exorcisme de Paul à Ephèse

19,13-19:

Confrontation entre Paul, les exorcistes juifs et la magie à Ephèse

me lors d’une première lecture, il n’est pas difficile de reconnaître que 5, 12-16 et 8, 4-8  sont  des sommaires, alors que 8, 9-13.18-24; 13, 6-12; 16,16-18; 19, 13-19 sont un genre de récits à caractère miraculeux3.

La trame théologique et narrative qu’élabore Luc de manière ordonnée dans toute son œuvre4 nous suggère de considérer les passages concernant l’exorcisme comme des éléments significatifs d’un programme articulé, et non pas simplement comme un matériel narratif de remplissage en fonction du contexte proche. Il faut certainement dire que le thème qui concerne l’exorcisme dans l’économie d’ensemble des Actes est seulement un des éléments qui en renforcent la cohérence interne, et certainement pas parmi les principaux. Toutefois, à notre avis, cette constatation ne le rend pas moins digne d’attention.

La raison qui nous pousse dans cette direction est avant tout inhérente à la finalité même qui motive Luc quand il écrit la suite de son Evangile. Le dyptique de Luc, en effet, met en évidence par lui- même l’étroit rapport de continuité qui existe entre la mission historique de Jésus-Christ et l’évangélisation que l’église apostolique hérite directement de lui5.

Un second aspect qu’on peut relever dans la structure narrative des Actes est l’évidente volonté de l’auteur d’illustrer les progrès de la mission apostolique en en scandant les étapes fondamentales, suivant un programme géographique et théologique bien défini. Au début des Actes, c’est le Christ lui-même qui l’explicite comme recommandation finale avant de monter vers le Père (Actes 1,8) :

« Vous recevrez la force de l’Esprit-Saint qui descendra sur vous et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie et jusqu’aux confins de la Terre. »

Sur la base de cette indication significative, Luc déploie la trame narrative des Actes, en témoignant de la diffusion irrésistible de la Parole du Seigneur, du cœur de l’Israël historique à l’extension eschatologique à tous les peuples6.

Par conséquent, le plan narratif qui en découle peut être schématisé dans une introduction suivie de quatre parties principales7

1 (1-11) Introduction. Promesse de Jésus (programme narratif)

« Vous aurez la force de l’Esprit Saint qui descendra sur vous et vous serez mes témoins… »

1, 12-5,42 : Descente de l’Esprit et témoignage à Jérusalem : « à Jérusalem » (1,8).

6,1-12,24  IIe partie : Diffusion de la Parole hors de Jérusalem (Judée-Samarie) jusqu’à Antioche. « Dans toute la Judée et la Samarie » (1.8)

13,1-19,20 IIIe partie : Diffusion de la parole d’Antioche « et jusqu’aux extrémités de la Terre » (1.8)

19,21-28,31 IVe partie : Voyage vers Jérusalem, de Jérusalem à Rome

 

Une fois reconnu le plan général, il n’est pas difficile d’observer que la position occupée par chacun des passages cités auparavant est assez stratégique.

. Le premier sommaire (5, 12-16), qui concerne les apôtres en général, apparaît dans le cadre de la première étape du témoignage évangélique à Jérusalem-Judée (Ie partie).

. Le second sommaire (8,4-8), qui a comme protagoniste le diacre Philippe, présente l’évangélisation de la Samarie, seconde étape missionnaire (IIe partie).

. L’apôtre Pierre est à l’œuvre dans le premier récit (8, 9-24), toujours situé en Samarie (IIe partie).

. Le second récit (13, 6-12) se déroule à Chypre et voit Pierre devenir responsable du premier grand voyage missionnaire parmi les païens (IIIe partie).  

. Le troisième récit (16, 16-18), qui se situe à Philippes, marque l’étape cruciale du deuxième voyage missionnaire, quand Paul porte l’Evangile sur le sol européen (IIIe partie).

. Le quatrième récit (19, 13-19), a lieu toujours à Ephèse au cours du troisième voyage missionnaire (IIIe partie).

Donc, de manière résumée, nous pouvons schématiser ainsi :

. 1e partie (Jérusalem-Judée, 1er sommaire).

. 2e partie (Samarie, 1 sommaire, 1 récit).

. 3e partie (Extrémités de la Terre) : 1 sommaire ;

3 récits (un pour chacun des voyages missionnaires)

Les événements exposés jusque-là nous permettent de faire un premier bilan8       

  1. Suivant sa façon de procéder, il semble que Luc, comme il l’a annoncé dans Actes 1,8, se soit préoccupé de caractériser chacune des étapes en rapportant un épisode significatif qui concerne l’affrontement entre les forces obscures du mal, représentées en général par la magie, et l’avancée de la Parole de Dieu. En faisant cela il recourt autant au genre des sommaires qu’à celui des récits.
  2. Les sommaires, qui ressemblent en tout point à ceux qui, dans le troisième évangile, concernent Jésus9, ont pour thème central l’évangélisation, représentée par trois éléments intrinsèquement liés : prédication de la Parole, guérison des maladies, libération du démon. En cela les Apôtres ne font rien d’autre que continuer, sous l’action de l’Esprit-Saint, la même mission que le Christ.
  3. Les récits font le point sur le fait que toute avancée missionnaire comporte inévitablement une confrontation avec les forces diaboliques représentées par la magie, les personnes dédiées aux pratiques occultes, la possession démoniaque.
  4. Les récits ont comme protagonistes Pierre et Paul, c’est-à-dire les deux figures centrales des deux phases missionnaires illustrées par les Actes. Les champions de l’évangélisation, sont donc présentés aussi comme les deux plus grands exorcistes de l’église apostolique.
  5. La disposition des péricopes concernant l’exorcisme ne doit pas être considérée comme fortuite10 mais comme soigneusement réfléchie, en se référant à la pénétration de la Parole de Dieu dans le monde païen. Cette impression est renforcée aussi par la consistance narrative des éléments en question.

3. Commentaire des passages concernant l’exorcisme

Ayant terminé la présentation des passages au centre de notre attention se référant au plan général de la deuxième partie de l’œuvre de Luc, passons maintenant au commentaire particulier, par  lequel, sans vouloir venir à bout de toutes les questions exégétiques, nous nous proposons d’examiner ce qui concerne de plus près le ministère de l’exorciste.

 

3.1. Activité thaumaturgique et d’exorcisme des apôtres à Jérusalem et en Judée (5, 12-16)

« 12 Par les mains des apôtres il se faisait de nombreux signes et prodiges parmi le peuple… Ils se tenaient tous d’un commun accord sous le portique de Salomon, 13 et personne d’autre n’osait se joindre à eux, mais le peuple célébrait leurs louanges. 14 Des croyants de plus en plus nombreux s’adjoignaient au Seigneur, une multitude d’hommes et de femmes…15…à tel point qu’on allait jusqu’à transporter les malades dans les rues et les déposer là sur des lits et des grabats, afin que tout au moins l’ombre de Pierre, à son passage, couvrit l’un d’eux. 16 La multitude accourait même des villes voisines de Jérusalem, apportant des malades et des gens possédés par des esprits impurs, et tous étaient guéris »11.

Ce sommaire suit en substance la ligne tracée par les deux qui le précèdent, nous faisant connaître les traits fondamentaux de la vie de la communauté chrétienne primitive de Jérusalem12. Toutefois, ce qui le caractérise et le différencie dans une certaine mesure, est l’insistance accordée à l’activité thaumaturgique et d’exorcisme attribuée aux apôtres en général et à Pierre en particulier13. En outre, Luc se préoccupe de noter un fait très intéressant, c’est-à-dire que les malades et les personnes tourmentées par des esprits impurs (pneumata akaqarta) proviennent aussi des alentours de la Cité Sainte, c’est-à-dire des villages de la Judée. Ce fait, outre qu’il établit un parallèle avec l’activité de Jésus, permet de reconnaître le thème de l’exorcisme en le plaçant de façon adéquate dans la première étape du programme d’évangélisation des Actes.

 

3.2 Activité thaumaturgique et d’exorcisme de Philippe en Samarie (8, 4-8)

« 5 C’est ainsi que Philippe, qui était descendu dans une ville de la Samarie, y proclamait le Christ. 6 Les foules unanimes s’attachaient à ses enseignements, car tous entendaient parler des signes qu’il opérait, ou les voyaient. 7 En effet, les esprits impurs sortaient de beaucoup de possédés en poussant de grands cris. Nombre de paralytiques et d’impotents furent également guéris. 8 Et la joie fut vive en cette ville. »

L’intérêt et le thème de ce sommaire, c’est essentiellement la diffusion de la Parole de Dieu, cette fois par le diacre Philippe. La mention de la Samarie, en effet, nous projette dans la seconde phase de l’expansion de la Parole de Dieu14. Dans ce cas spécifique, la mention de l’activité d’exorcisme précède la mention de l’activité thaumaturgique.

Comme toujours, les signes de libération et de guérison (ta shmeia) accompagnent l’annonce évangélique en la validant15. En effet, les notes de stentor bien connues (fwnh megalh) par lesquelles les esprits impurs  (pneumata akaqarta) font connaître leur présence servent de contrepoint servent de contrepoint  à la résonnance puissante (ekhrussen) de la prédication.

 

3.3 Confrontation entre Pierre et Simon le magicien en Samarie (8, 9-13.18-24)

9. »Or il y avait déjà auparavant dans la ville un homme appelé Simon, qui exerçait la magie et jetait le peuple de Samarie dans l’émerveillement. Il se disait quelqu’un de grand »

Tant que l’activité évangélisatrice reste entre les murs de la Cité Sainte et dans les confins de la Judée, les interventions d’exorcisme des Apôtres concernent explicitement des personnes tourmentées par des esprits impurs (5,16). Cependant, au moment où l’annonce évangélique fait irruption en Samarie, les choses changent. Là, la situation s’était détériorée à cause de l’héritage d’un schisme politico-religieux qui s’était consommé à travers les siècles à l’égard de la Judée et de sa capitale, Jérusalem16. En effet, dans ce qui, anciennement, était territoire du Royaume d’Israël, où la plaie du syncrétisme religieux avait prospéré depuis toujours sans qu’on puisse la réduire, la réalité des pratiques magiques, confirmées par une certaine mentalité paganisante17, se révèle bien présente.

Sans autres délais, un certain Simon, qualifié de magicien, entre en scène. Luc semble penser à un habile charlatan plus qu’à un occultiste aux grands pouvoirs, qui, avec des trucs à effets, a su gagner la crédulité populaire18.

Il ne faut pas non plus négliger  la possibilité que la qualification de magicien sous-entende celle de gnostique. Toutefois cette éventualité peut être accueillie seulement au sens large, pour définir cet ensemble encore non organisé de doctrines proto-gnostiques dont on peut relever les traces déjà au Ier siècle19. Dans ce cas Simon pourrait être le chef d’une secte philosophico-religieuse mise en crise par la prédication de Philippe20. De ce personnage on dit encore qu’il n’était pas originaire du lieu, fait qui contribue à créer autour de lui une certaine aura de mystère21.

En tout cas Simon se vante d’une grandeur qui est l’indice d’un désir démesuré de se placer au-dessus du commun des mortels22. Il est évident que, par la pratique de la magie, Simon a pu s’attirer renommée et respect, servant ainsi  une soif de pouvoir sur les autres typique de celui qui suit les voies de l’ésotérisme. Le magicien est précisément celui qui, par l’intermédiaire de rites, de paroles et d’objets, prétend exercer le contrôle du monde naturel et surnaturel, en le soumettant à sa propre volonté23.

10 Et tous, du plus petit au plus grand, s’attachaient à lui. « Cet homme, disait-on, est la Puissance de Dieu, celle qu’on appelle la Grande.  » Ils s’attachaient donc à lui, parce qu’il y avait longtemps qu’il les émerveillait par ses sortilèges.

Luc insiste sur le thème de la force inhérente à la renommée créée à dessein, et sur la disposition des gens à se laisser dominer. Simon, aux yeux du peuple, prétend s’élever au rang divin parce qu’il est détenteur d’un pouvoir surnaturel appelé Grand (Méga)24.

Ce faisant, il en arrive au point, non seulement de s’arroger l’exercice d’une prérogative divine, mais de s’en considérer directement comme la source même25.

12 Mais quand ils eurent cru à Philippe qui leur annonçait la Bonne Nouvelle du Royaume de Dieu et du nom de Jésus Christ, ils se firent baptiser, hommes et femmes. 13 Simon lui-même crut à son tour ; ayant reçu le baptême, il ne lâchait plus Philippe, et il était dans l’émerveillement à la vue des signes et des grands miracles qui s’opéraient sous ses yeux.

Rôle et pouvoirs de Simon sont drastiquement annulés par l’arrivée de Philippe. Ce dernier, en annonçant l’Evangile, agit vraiment par la puissance divine inhérente au nom de Jésus-Christ.

Luc relate, en outre, que Simon « crut » et « fut baptisé« . Ce binôme foisacrement nous fait supposer qu’il a adhéré sincèrement au Christ, et non pas seulement qu’il s’est rapproché stratégiquement de Philippe pour lui soutirer ses secrets présumés26. Toutefois, quelque chose du vieux Simon subsiste et revient se manifester en présence des prodiges opérés par le diacre évangélisateur27.

18 Mais quand Simon vit que l’Esprit Saint était donné par l’imposition des mains des apôtres, il leur offrit [à Pierre et Jean] de l’argent. 19 « Donnez-moi, dit-il, ce pouvoir à moi aussi : que celui à qui j’imposerai les mains reçoive l’Esprit Saint. »

Le récit de Luc se poursuit avec la venue de Pierre et de Jean envoyés par l’église-mère pour confirmer la mission de Philippe parmi les Samaritains. Pierre a le rôle de protagoniste, alors que Jean reste silencieux à l’ arrière-plan. Devant les manifestations de l’Esprit-Saint communiqué par l’imposition des mains, Simon tombe, victime de son ancienne soif de pouvoir supérieurs28.

20 Mais Pierre lui répliqua : « Périsse ton argent, et toi avec lui, puisque tu as cru acheter le don de Dieu à prix d’argent! »

Les paroles que Pierre adresse à Simon résonnent comme une pesante malédiction. Le fait qu’elles soient adressées à un homme en exclut tout caractère d’exorcisme29. Il faut noter, par contre, la forme du verbe (eih), fréquente dans les invectives prophétiques. De cette manière il apparaît cliarement qu’en tout cas le véritable objectif est un avertissement et une correction30. La conversion, en effet, peut toujours changer l’issue du jugement et le châtiment prévu, comme il apparaît clairement par la suite (8,22).

L’offre d’argent de la part de Simon révèle que son ancienne activité avait été rentable, comme il arrive en général à qui pratique les arts occultes. En effet, l’enrichissement comme démonstration et exercice de pouvoir est un des corollaires de la volonté de domination inhérente à la pratique de la magie. La ferme conviction de l’ex-magicien qu’en tout cas le pouvoir de l’argent puisse satisfaire sa volonté mal orientée est cependant bien plus grave.

21″Dans cette affaire il n’y a pour toi ni  part ni héritage, car ton cœur n’est pas droit devant Dieu. 22 Repens-toi donc de ton mauvais dessein et prie le Seigneur : peut-être cette pensée de ton cœur te sera-t-elle pardonnée ; 23 car tu es, je le vois, dans l’amertume du fiel et les liens de l’iniquité. »

« La prétention de Simon de transformer l’Esprit de Dieu en une marchandise dont on puisse disposer est démasquée comme une tentation diabolique et Simon est consigné à cette sphère »31, en ce sens la seconde partie de l’invective assume les caractéristiques d’une formule d’ excommunication biblique32. Pierre, avec une grande autorité, stigmatise la situation en faisant émerger ce qui se cache dans les replis de l’âme de l’ancien magicien. Nourri de culture ésotérique, le cœur de Simon, c’est-à-dire le siège intime de la volonté et des intentions, est détourné de l’adoration du Dieu unique pour caresser une ambition à peine voilée de le supplanter. Cet effort  contre nature constitue pour Simon, et pour tous ceux qui suivent la voie de l’occultisme, la cause d’une amère insatisfaction. L’ex-magicien, en effet, risque de passer une existence empoisonnée par la frustration perpétuelle causée par l’impossibilité de franchir les limites de sa condition de créature. Il ne lui reste comme issues que  la conversion, et un repentir cette fois sans réserves, qui le portent au pardon, vraie manifestation du pouvoir divin.

24 Simon répondit : « Intercédez vous-mêmes pour moi auprès du Seigneur, afin que rien ne m’arrive de ce que vous venez de dire. »

Les fortes paroles de Pierre obtiennent l’effet espéré. Simon renonce à ses prétentions de pouvoir supérieur et se confie à l’intercession des apôtres pour obtenir le pardon33. La guérison complète du pouvoir occulte, en effet, ne peut s’obtenir qu’au prix d’une totale renonciation.

En conclusion

Nous pouvons affirmer en conclusion que l’épisode de la confrontation entre l’apôtre Pierre et Simon,   nous présente une situation missionnaire de confrontation entre prédication chrétienne et magie. En définitive, en relatant cet épisode, la plus grande préoccupation de Luc est de signaler un des plus grands périls auxquels l’évangélisation doit toujours se mesurer et que D. Maruerat exprime ainsi : « Il me semble qu’au moment où l’Evangile ose sortir de Jérusalem, l’histoire de Simon conduise l’auteur à aborder le thème de la concurrence religieuse qu’affronte le christianisme, en particulier le risque que représente pour lui le syncrétisme religieux ; il saisit l’occasion de poser la distinction entre charisme évangélique et manipulation du sacré.34″

En outre, du point de vue pastoral, le récit ouvre les yeux sur une situation toujours actuelle, c’est-à-dire le risque qu’une culture magico-superstitieuse puisse subsister de manière insidieuse chez les baptisés aussi.  Ce fait se rencontre surtout quand l’identité chrétienne n’est pas suffisamment enracinée par un accompagnement spirituel personnalisé. Le rôle de Pierre comme guide digne de foi est déterminant. Il doit en effet révéler les immaturités et stigmatiser les pièges de la fausse conscience, dont le tentateur sait se servir avec une grande habileté. Dans ce cas, le but libérateur est de porter la personne à une séparation sans compromis et nostalgies de tout lien avec les pratiques passées. Conscience qui peut être explicitée avec grande efficacité, moyennant la préparation au renouveau des promesses du baptême, en les centrant point par point sur les renonciations à accomplir. 35

 

3.4 Confrontation entre Paul et Elymas le magicien à Paphos (13, 6-12)

« 6 Ayant traversé toute l’île jusqu’à Paphos, ils trouvèrent là un magicien, faux prophète juif, nommé Bar-Jésus,7 qui était de l’entourage du proconsul Sergius Paulus, homme avisé. Ce dernier fit appeler Barnabé et Saul, désireux d’entendre la parole de Dieu. »

À Chypre, à peine l’annonce de l’Evangile sort-elle de la synagogue pour entrer dans une maison romaine36, que se profile aussitôt une confrontation ultérieure entre les porteurs de la Parole de Dieu et un serviteur de l’occulte. Mais voyons avec ordre qui sont les personnages que Luc met en scène.

. Sergius Paulus, gouverneur romain de Chypre, présenté comme « sage », probablement pour sa prédisposition à la recherche du savoir, ce qui le porte à écouter des voix diverses37.

. Bar-Jésus, un Juif38, dont le nom araméen signifie :  Fils de Jésus39. Son nom est accompagné des épithètes de magicien, c’est-à-dire homme dédié au savoir et aux arts occultes, et de celle moins flatteuse de faux prophète, probablement du fait que ses paroles et actions se trouvent sous l’influence d’un esprit de mensonge40. Au verset suivant apparaît ce qui semble être un véritable nom d’artiste : Elymas, qui comme l’explique Luc, signifie magicien41.

. Barnabé et Saül-Paul, missionnaires de l’église d’Antioche. Durant l’évangélisation de Chypre ils reçoivent l’invitation du proconsul désireux de les écouter. Ce sera précisément la discussion en présence du magistrat romain qui offre à Saül l’occasion de donner la preuve de son charisme. Grâce à cette circonstance, Luc signale le passage de la prédication qui se fait principalement aux Juifs, et l’annonce aux païens. Ce changement est rendu encore plus évident du fait que dorénavant le missionnaire de Tarse ne sera plus appelé du nom hébreu de Saül, mais toujours, et seulement, du nom latin de Paul.

En outre, le binôme apostolique Barnabé-Saül est modifié, dorénavant ce sera Paul-Barnabé42.

Enfin, la mission prend décidément sa direction dans un sens universel43.

8 Mais Elymas le magicien – ainsi se traduit son nom- leur faisait opposition, cherchant à détourner le proconsul de la foi.

Elymas semble en réalité essentiellement préoccupé de perdre son influence sur le magistrat romain, plutôt que  de défendre une doctrine particulière qui lui soit propre. À ses yeux Barnabé et Paul se révèlent de dangereux concurrents qui mettent son prestige en péril. Donc, si d’un côté l’intention des deux missionnaires est de porter la Parole de Dieu à Serge Paul, de l’autre, le but d’Elymas est d’éloigner le proconsul de la foi pour le garder sous sa coupe

9″Alors Saul -appelé aussi Paul-, rempli de l’Esprit Saint, le fixa du regard et lui dit : « Être rempli de toutes les astuces et de toutes les scélératesses, fils du diable, ennemi de toute justice, ne cesseras-tu donc pas de rendre tortueuses les voies du Seigneur qui sont droites? ».

À partir de ce moment l’initiative revient toujours à Paul, dont la parole et l’action sont directement inspirées de l’Esprit Saint44. Elymas, qui, en tant que magicien, sait bien que les yeux exercent le plus haut pouvoir de suggestion, est contraint malgré lui de subir la force du regard de Paul, animé par la lumière de la vérité.

D’une façon prophétique, Paul lance sans hésitation son acte d’accusation contre Elymas. Les ruses grâce auxquelles celui-ci a construit sa réputation, la malice dont sont imprégnées ses intentions, le caractère pernicieux qui marque ses actions, sont des signes sans équivoques de l’incompatibilité totale de son action avec la volonté de Dieu. Elymas se trouve par conséquent dans le camp opposé, c’est-à-dire celui du diable. Celui qui porte paradoxalement le nom de Bar-Jésus, c’est-à-dire Fils de Jésus, est démasqué par Paul sans pitié comme Fils du Diable 45.

11″Voici à présent que la main du Seigneur est sur toi. Tu vas devenir aveugle, et pour un temps tu ne verras plus le soleil. » À l’instant même, obscurité et ténèbres s’abattirent sur lui, et il tournait de tous côtés, cherchant quelqu’un pour le conduire. 12 Alors, voyant ce qui s’était passé, le proconsul embrassa la foi, vivement frappé par la doctrine du Seigneur ».

Le châtiment divin, qui dans le cas de Simon avait été seulement une menace, se réalise cette fois  point par point sous forme de miracle de punition46. Le magicien qui prétendait avoir une vision supérieure perd aussi la vue de ce monde. Celui qui se proposait de guider Serge Paul sur la voie occulte de la gnose, doit désormais être pris par la main pour ne pas risquer de trébucher. Toutefois, l’annotation sur le caractère temporaire du châtiment en révèle aussi dans ce cas la nature thérapeutique. Peut-être n’est-il pas hors de propos de penser que Paul, qui se souvient de la cécité physique temporaire dans laquelle il était tombé au moment de sa conversion, souhaite désormais à Elymas ce qui lui était arrivé sur la voie de Damas, c’est-à-dire le passage des ténèbres de l’orgueil à la lumière du Ressuscité47.

À la fin, celui qui voit bien est le proconsul Sergius Paulus, illuminé par la foi dans le Seigneur Jésus.

En conclusion

En premier lieu il faut signaler un fait paradoxal : aussi bien Paul qu’Elymas, champions respectifs de l’évangélisation d’un côté et des forces obscures qui s’y opposent de l’autre, sont tous les deux Juifs. Dans le présent récit, cependant, Luc ne se limite pas à mettre en évidence le lien habituel entre la magie, ses experts et le syncrétisme judéo-païen. L’apostrophe de Paul contre Elymas (13,10) va bien au-delà et contient une affirmation aussi décisive que précieuse : qui choisit la voie de la magie stipule une véritable affiliation diabolique, avec toutes les conséquences que cela comporte.

Un autre aspect important pour la pratique de l’exorcisme est le fait que, alors qu’on condamne sans appel la pratique magique, en même temps on exprime une finalité de correction à l’égard de la personne du magicien. En effet, le plein succès ne consiste pas seulement à démasquer et condamner les partisans des arts magiques et diaboliques, mais à y ajouter l’intention pastorale et spirituelle d’intercéder pour leur conversion et leur salut. Alors la défaite du diable est totale.

Ensuite, en regardant l’économie narrative des Actes, il faut noter le fait que Luc veut marquer le passage décisif de la prédication évangélique de l’horizon juif à l’horizon hellénistico-romain. En choisissant précisément un épisode de confrontation entre Paul et un magicien. Luc, poursuivant dans son itinéraire géographique et théologique, nous avertit que plus on s’éloigne de Jérusalem, plus on s’immerge dans un monde païen soumis à la domination des forces diaboliques. Les épisodes qui suivent ne font que confirmer une sorte de « crescendo » dans cette direction.

 

2.5  Rencontre de Paul avec l’esclave possédée à Philippes (16,16-18)

Après bien des péripéties, Paul et ses compagnons proclament l’Evangile pour la première fois dans la colonie romaine de Philippes, donc sur le sol europén48.

16″Un jour que nous nous rendions au lieu de prière, nous rencontrâmes une servante qui avait un esprit divinateur ; elle faisait gagner beaucoup d’argent à ses maîtres en rendant des oracles ».

Après avoir parlé du premier accueil favorable de la Parole de Dieu de la part de certaines femmes déjà sympathisantes du judaïsme, Luc49 ne tarde pas à introduire un nouvel épisode de confrontation entre évangélisation et monde ésotérique. Cette fois entre en jeu une figure féminine, une jeune fille (paidiskh), dont nous comprenons qu’il s’agit d’une esclave du fait qu’on fait référence à ses maîtres. Ce qui rend particulière la jeune femme est le fait qu’elle a en elle un esprit qui lui donne des aptitudes divinatoires (manteumenh), à la lettre un esprit de pythonisse (pneuma puqwna)50.

La question se présente donc comme bien différente de celle des deux magiciens rencontrés précédemment. Alors que ceux-ci sont dépeints comme des imposteurs de profession, l’esclave de Philippes ne feint pas.

La présentation de Luc, enfin, met en relief la situation d’exploitation dans laquelle se trouve la jeune fille, qui, comme esclave, est un simple instrument de gain pour ses propriétaires.

17″Elle se mit à nous suivre, Paul et nous, en criant : « Ces gens-là sont des serviteurs du Dieu Très-Haut ; ils vous annoncent la voie du salut. »

La mention des cris de la jeune femme éclaire probablement aussi la modalité de sa communication extatique, caractérisée plutôt par des locutions prophétiques, parfois décousues, comme il arrivait d’ordinaire aux prêtresses d’Apollon51, que par des visions. Le comportement importun de la jeune fille possédée n’est pas très différent de celui que les démons montrent à l’égard de Jésus. Au moment où il se présente comme le libérateur de l’homme et du monde, ce sont les démons eux-mêmes qui doivent révéler son identité divine52. Dans les Actes il arrive une chose tout à fait analogue. L’esprit python53 présent dans la jeune fille révèle la véritable identité de Paul et de ses compagnons, déclarés publiquement serviteurs et annonciateurs de la parole divine qui libère.

18″Elle fit ainsi pendant bien des jours. À la fin, Paul, excédé, se retourna et dit à l’esprit : « Je t’ordonne au nom de Jésus Christ de sortir de cette femme. » Et l’esprit sortit à l’instant même. »

Le fait que se répète cet oracle non désiré est embarrassant pour Paul et ses compagnons. Ils craignent probablement que cette publicité fâcheuse ne mette la prédication chrétienne dans la lumière ambigue du « prodigieux » païen. De cette manière, Luc nous permet de comprendre la différence substantielle entre la prophétie de l’oracle et celle de l’apôtre. La jeune fille, en effet, se présente comme une aliénée, doublement asservie, au-dedans et au-dehors, par l’esprit et par ses maîtres. Paul, au contraire, est un homme qui a accepté volontairement de se faire esclave de la Parole, sans rien perdre de sa dignité humaine54.

La réaction de Paul, cette fois, suit un véritable ordre formel qui présente tous les caractères de l’exorcisme :

  1. Paul proclame le nom de Jésus-Christ, il parle et agit avec Sa puissance.
  2. Paul prononce à la première personne un impératif direct contre l’esprit impur.
  3. Paul exprime l’intention de faire sortir l’esprit impur du corps de la jeune esclave.
  4. L’esprit est contraint d’obéir.

19″Mais ses maîtres,voyant disparaître leurs espoirs de gain, se saisirent de Paul et de Silas et les traînèrent sur l’agora devant les magistrats »

L’exorcisme qui libère la jeune esclave de l’esprit « python » et de la fâcheuse faculté de deviner, ne libère cependant pas ses maîtres de leur soif de gain bien plus persistante, source d’autres malheurs pour Paul et ses compagnons.

En conclusion

En nous proposant ce récit bref mais significatif, Luc entend exclure de l’horizon chrétien non seulement le danger du syncrétisme déjà relevé plusieurs fois, mais aussi tout recours à la  mantique, pratiquée sous d’innombrables formes dans le monde païen, dont certaines institutionnalisées aux plus hauts niveaux55.

Le fait que la jeune femme ne soit pas dite littéralement possédée par l’esprit, mais qu’elle le possède, pourrait peut-être indiquer quelque chose de plus sur l’origine de ses facultés spéciales. On pourrait, en effet, faire l’hypothèse d’un état de medium, peut-être héréditaire et de toute façon non voulu56.

La rencontre de Paul avec cette jeune esclave aux aptitudes divinatoires spéciales, met enfin en lumière le lien entre la faculté elle-même et l’esprit démoniaque qui la rend possible. L’intervention de Paul n’est donc pas dirigée contre la jeune femme, puisqu’elle n’est absolument pas responsable des phénomènes qui se produisent par son intermédiaire, mais contre l’esprit qui la fait agir en-dehors de la normalité. C’est pourquoi il prononce un véritable exorcisme formel, qui est aussi le seul à apparaître dans les Actes des Apôtres.

 

2.6 Activité thaumaturgique et d’exorciste de Paul à Ephèse (19, 11-12)

11″Dieu opérait par les mains de Paul des miracles peu banals, à tel point qu’il suffisait d’appliquer sur les malades des mouchoirs ou des linges qui avaient touché son corps : alors les maladies les quittaient et les esprits mauvais s’en allaient. »

Ce bref sommaire sert d’introduction au nouveau récit, qui voit l’œuvre évangélisatrice de Paul comparée avec l’activité des exorcistes juifs d’Ephèse. L’accent est tout de suite mis sur la force de guérison et de libération transmise, ou directement par la personne de Paul, ou par ce qui avait été en contact avec son corps. Par ces détails,  Luc veut probablement établir un véritable parallèle avec Pierre (5, 15-16), c’est-à-dire avec la figure apostolique qui domine la première phase de la mission d’évangélisation.

La mention de la modalité par laquelle se produisent les guérisons et libérations est intéressante. Luc précise qu’elles se produisent par les mains (dia twn c eirwn) de Paul, paroles utilisées précédemment pour décrire l’action des apôtres à Jérusalem (5,12). L’expression doit peut-être être interprétée, non pas simplement comme une périphrase de valeur instrumentale57, mais comme une explicitation du rite bien connu de l’imposition des mains, avec une valeur d’épiclèse58. En acceptant cette seconde interprétation, il en résulte encore plus clairement que ce n’est pas Paul qui est le centre de quelque pouvoir extraordinaire, mais de manière plus simple et cohérente, qu’il exerce un ministère emprunté à la pratique apostolique. En effet, la puissance thaumaturgique et libératrice ne peut qu’appartenir à Dieu, lequel agit par l’intermédiaire de l’apôtre dans un contexte de prière59.

 

2.7 Confrontation entre Paul, les exorcistes juifs et la magie à  Ephèse (19,13-19)

Paul consacre plus de deux ans d’intense activité apostolique à Ephèse, chef-lieu multiethnique de la province d’Asie. Cette métropole, siège du très célèbre temple d’Artémis Ephésienne60, voit aussi Paul protagoniste d’un véritable affrontement entre prédication de la Parole et syncrétisme magique de marque judaïque.

13″Or quelques exorcistes juifs ambulants s’essayèrent à prononcer, eux aussi, le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui avaient des esprits mauvais. Ils disaient : « Je vous adjure par ce Jésus que Paul proclame. »

Dans le récit, encore une fois, nous trouvons en scène quelques compatriotes de Paul, présentés comme des exorcistes ambulants (periercomenoi exorkistai), ce qui confirme le fait que dans le monde hellénistique et romain les Juifs se sont particulièrement distingués dans les arts magiques. En effet, il est évident que Luc utilise le terme exorciste dans son sens étymologique, c’est-à-dire d’opérateur de délivrances du mauvais sort, applicable à une catégorie bien vaste de personnages prêts à conjurer les esprits pour les chasser, et, pourquoi pas, aussi à les supplier de venir, selon les demandes61. Au cas, ensuite, où nous voudrions expliciter l’appellation d’ambulants, par celle plus vraisemblable de gyrovagues, nous aurions probablement un cadre plus véridique de la situation.

Le sommaire d’introduction (19-11-12) justifie amplement la renommée dont jouit Paul en ville et le fait que ces « chasse-diables »  l’aient entendu utiliser l’impératif d’exorcisme : « au nom de Jésus-Christ ». C’est pourquoi, vus les succès de l’apôtre, eux aussi n’hésitent pas à l’imiter et à augmenter la puissance de leurs formules de conjuration avec ce nouveau nom capable de soumettre les esprits mauvais (ta pneumata ta ponhra). Il semble clair, de toute façon, que l’horizon dans lequel ils se placent est celui de la magie, vu qu’ils montrent qu’ils comptent sur la force automatique de paroles et de noms répétés rituellement62. Ce qui leur manque tout à fait, par contre, c’est l’acte de foi en Jésus-Christ sauveur, qui constitue la substance de l’efficacité de la parole annoncée par Paul, tant pour évangéliser que pour exorciser. « La puissance du Nom de Jésus ne peut pas être utilisée d’une manière quelconque. Il faut des témoins qui se soient laissés envahir par la Parole de grâce jusque dans leur propre corps. En séparant le corps de la parole, on tombe inévitablement dans la magie. Cela arrive quand la réalité sainte de la Création dégénère en formalisme rituel63« .

14″Il y avait sept fils de Scéva, un grand prêtre juif, qui agissaient de la sorte ».

Luc déplace l’attention, de la pléthore des exorcistes Juifs qui prospéraient sur les places remplies de monde d’Ephèse, à un groupe très particulier de sept frères, qui tentent de faire usage du nom de Jésus64. Ils sont présentés comme membres d’une famille de grands prêtres, donc très en vue65. S’il en était ainsi, il devrait s’agir d’une des branches des sadocites de Jérusalem, aristocratie sacerdotale à la tête du Temple depuis le temps de Salomon (mi-IXe siècle av. J.C.) jusqu’à sa destruction définitive (70 ap. J.C.)66. La spécification ajoute une saveur vraiment paradoxale à l’événement, du fait que les sadducéens étaient connus pour leurs positions rigoureuses sur l’interprétation et l’application de la loi mosaïque67, déjà intransigeante en soi à l’égard de toute pratique liée à la magie.

15″Mais l’esprit mauvais leur répliqua: « Jésus, je le connais, et Paul, je sais qui c’est. Mais vous autres, qui êtes-vous? ».16 Et se jetant sur eux, l’homme possédé de l’esprit mauvais les maîtrisa les uns et les autres et les malmena si bien que c’est nus et couverts de blessures qu’ils s’échappèrent de cette maison ».

Habiles à tromper le peuple crédule, les fils de Scéva ne peuvent pas tromper avec des noms et des formules l’esprit mauvais qu’ils entendaient chasser. Le nom de Jésus, accompagné de celui de Paul, sonne dans leur bouche seulement comme une couverture, une façade, insuffisante à les protéger de la représaille démoniaque. « À cause de la dissociation entre la Parole que les exorcistes prononcent et la réalité de leur vie, l’exorcisme prononcé au nom du Seigneur Jésus dégénère en formule magique, séparée de ses racines concrètes dans l’événement que représente Jésus. En conséquence, l’esprit mauvais n’a pas de difficulté à mettre à nu l’imposture de leur pouvoir en mettant en évidence dans leur corps même que, ne s’étant pas remis au Seigneur Jésus pour leur salut, ils sont soumis à la seigneurie des esprits mauvais pour leur punition »68.

17″Tous les habitants d’Ephèse, Juifs et Grecs, surent la chose. La crainte alors s’empara de tous et le nom du Seigneur Jésus fut glorifié ».

La nouvelle des conséquences de l’abus du nom du Seigneur de la part des renommés fils de Scéva se répand en un clin d’œil dans toute la ville d’Ephèse, tant à l’intérieur de la communauté judaïque  que dans le milieu païen. Grâce à ce regrettable échec, Juifs et Grecs reconnaissent en ce qui est arrivé sous leurs yeux l’intervention divine (fobo-crainte), en en témoignant ouvertement (megalunw-glorifier).

18″Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient confesser publiquement leurs pratiques de magie. Bon nombre de ceux qui s’étaient adonnés à la magie apportaient leurs livres et les brûlaient en présence de tous. On en estima la valeur : cela faisait cinquante mille pièces d’argent ».

Parmi les effets providentiels de l’échec des fils de Scéva, Luc insiste particulièrement sur la réaction de ceux qu’il définit comme croyants, c’est-à-dire chrétiens baptisés69. Nous constatons que, de façon surprenante, ces derniers, tout en ayant accueilli l’annonce évangélique de Paul, ne s’étaient pas du tout détachés des pratiques magiques bien enracinées. Pour ces néophytes, qui proviennent aussi bien du monde judaïque que du monde hellénistique, se répète en substance ce que nous avons déjà relevé dans le cas de Simon le magicien. L’accueil du nom de Jésus-Christ n’avait pas été suivi d’un refus total de la forme de culte païen représentée par la magie. Ce pas ultérieur et indispensable  se réalise seulement à présent, avec des gestes concrets qui réalisent un vrai détachement affectif de tout ce qui appartient à l’occultisme. En particulier, Luc s’arrête sur la remise des coûteux volumes manuscrits contenant la gnose ésotérique avec ses formulaires magiques70.

En conclusion.

Il n’est pas difficile de comprendre que, dans ce cas aussi, l’intention principale de Luc est celle d’attirer l’attention sur le péril insidieux du syncrétisme religieux, qui après avoir affligé les Juifs, pourrait désormais constituer un péril mortel pour les chrétiens aussi.

En outre, un autre point confirmé avec force, est que le pouvoir d’exorciser se base exclusivement sur l’autorité du nom de Jésus transmise aux apôtres. Elle doit donc être utilisée dans un esprit de service ecclésial, et non pas comme le fruit d’un savoir hermétique dont on dispose à son propre gré71. En effet, dans l’exercice de l’exorcistat ne doit jamais manquer, aujourd’hui encore, la référence continuelle au mandat hiérarchique et à la forme liturgique qui en règle la discipline. En faire une question de « charisme personnel » expose quiconque à la tentation de se sentir détenteur d’un pouvoir. Si cela devait arriver, le prétendu exorciste, avec ou sans mandat, risque sans même s’en apercevoir d’être déjà passé du côté qu’il entendait combattre.

Enfin, la référence à la valeur monétaire consistante72 de ce qui est parti en fumée et en cendres, s’il y en avait besoin, démontre encore une fois que les arts magiques et leur revenu économique, depuis que le monde est monde, ont toujours constitué une grosse affaire.

 

  1. Conclusion

La lecture commentée des péricopes des Actes des Apôtres que nous avons faite jusqu’à présent nous a porté à conclure qu’on peut certainement relever dans les trois sommaires (5, 12-16; 8, 4-8; 19, 11-12) un témoignage à caractère d’exorcisme explicite. Même sous une forme plutôt standardisée, issues de  celles qui sont présentes dans l’Evangile de Luc, ces brèves unités littéraires contribuent grandement dans les Actes à ancrer le thème de l’exorcisme dans l’horizon plus ample de l’évangélisation.

Parmi les récits proposés, un seul épisode, celui qui concerne la Pythonisse (16, 16-18), rapporte un véritable exorcisme accompli par Paul. Pour les trois autres récits (8, 9-13.18-24; 13, 6-12; 19, 13-19) nous confirmons la qualification plus générique de péricopes concernant l’exorcisme. En effet, tout en ne rapportant pas  de vrais exorcismes, elles s’intéressent amplement au contexte social, culturel et religieux qui constitue l’humus naturel dans lequel l’ésotérisme grandit et se répand. En effet, Luc, avec une grande lucidité, recueille autant les liens entre magie et monde démoniaque que les distorsions spirituelles présentes chez qui se dédie aux arts magiques, problématiques auxquelles doivent se confronter souvent ceux qui exercent le ministère d’exorciste.

En outre, rapprochant le thème de la magie de celui du syncrétisme, Luc entend attirer l’attention des pasteurs sur la capacité toute « gnostique » de l’ésotérisme à s’adapter à toute forme religieuse, la déformant de l’intérieur et la vidant de son âme véritable, c’est-à-dire de la confiante remise de la personne à la volonté de Dieu.

Enfin, les péricopes des Actes examinées font émerger le fait que la culture et la pratique magiques sont toujours, et de toute façon, un obstacle de nature diabolique à la prédication de la Parole de Dieu. Ceci est un fait qu’on ne peut négliger et dont il faut tenir compte, aujourd’hui comme hier, dans tout processus d’évangélisation. Le soin avec lequel Luc a distribué les sommaires et récits intéressants pour l’exorcisme à l’intérieur des parties principales dans lesquelles s’articule la structure narrative des Actes des Apôtres en est un témoignage.

1 Licencié en Théologie Biblique au  Studium Biblicum Franciscanum de Jérusalem; professeur d’Introduction à l’Ecriture Sainte à l’Istituto Teologico-Filosofico de Scutari; exorciste de l’archidiocèse de Tirana-Durazzo et du diocèse de Lezha en Albanie.

 

[1] Rituale Romanum, Editio typica, Romae 1952, Titulus XII, Caput II, p. 856.

[2] Sur ce thème je signale le traité complet de O. Battaglia, Gesù e il demonio. Saggio sulla demonologia nei Vangeli, Cittadella Editrice, Assise 2003. La relation suivante  est aussi très intéressante: F. Bamonte, I fondamenti evangelici dei segni indiziari di possessione diabolica riportati nel Rituale degli esorcismi, in: Atti del “Convegno nazionale degli esorcisti italiani” 9-13 settembre 2013, Associazione Internazionale Esorcisti, Rome 2013, pp. 75-118.

[3] Sollicité par les références aux Actes des Apôtres présentes dans le Rituale Romanum et citées plus haut, j’avais pensé dans un premier temps inclure aussi parmi les récits l’épisode d’Ananie et Saphire (5, 1-11), contenant la mention d’une possession diabolique du cœur (v 3). J’y ai toutefois renoncé du fait que ce genre d’actions est plutôt à ranger parmi les activités diaboliques « ordinaires ».

[4] À propos des caractéristiques et de l’unité du plan littéraire et  du plan théologique du troisième Evangile et des Actes cf. G.C. Bottini, Introduzione all’opera di Luca. Aspetti teologici, Ed. Terra Santa, Bari 2011, pp. 17-47; G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, Commentario teologico del Nuovo Testamento, V/1, Paideia Editrice, Brescia 1985, p. 114.

[5] « L’œuvre du Messie n’est pas achevée par son ministère, sa mort et sa résurrection. Dans cette lumière les Actes des Apôtres constituent le complément indispensable de l’Evangile : la prédication aux païens est le point d’arrivée du programme messianique prévu par les Ecritures ». G.C. Bottini, Introduzione all’opera di Luca, p. 43.

[6] Cf. G. C. Bottini, Introduzione all’opera di Luca, p. 42.

[7] G. C. Bottini, Piano narrativo e teologico dell’opera lucana (Luca e Atti). Sussidio ad uso degli studenti, Jérusalem 2013, p. 10. Pour d’autres propositions cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, pp. 92-96.

[8] On pourrait objecter que pour être complets il devrait y avoir un récit ou au moins un sommaire dans la IVe partie aussi. Toutefois, nous pouvons observer que cette partie assume progressivement le caractère d’un témoignage de martyre de Paul et donc il n’y a pas besoin de références spécifiques aux forces démoniaques. Il reste de toute façon une possibilité de lire dans cette perspective l’épisode de Paul mystérieusement resté indemne de la morsure du serpent venimeux à Malte (28,3-6), fait qui  introduit à l’activité thaumaturgique de l’apôtre sur l’île. Dans ce cas on pourrait y découvrir une actualisation de Lc 10,19, peut-être avec une référence à Mc 16, 18.

[9] Lc 6, 17-19; 8, 1-3. Les passages concernant l’envoi missionnaire sont aussi significatifs : 9,1-2 ; 10, 17-20.

[10] De manière analogue à ce qui se passe, par exemple, avec les discours qui constellent les Actes, même si c’est avec une importance moindre. Sur l’importance des discours dans les Actes des Apôtres, cf. R. Fabris, Atti degli Apostoli, Ed. Borla, Città di Castello 1997, pp. 264-288.

[11] Les textes bibliques sont rapportés selon la traduction de la CEI 2008.

[12] At 2,42-47; 4,32-35. Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 526.

[13] « La première communauté chrétienne de Jérusalem a pris le chemin du témoignage public qui se produit en deux moments : les faits et la parole. Maintenant c’est le temps des faits. Il s’agit d’événements prodigieux qui révèlent la puissance de l’Esprit de Jésus opérant dans ses témoins qualifiés, les apôtres ». R. Fabris, Actes des Apôtres, p. 164-165.

[14] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 672.

[15] « Il est donc clair que l’annonce de la Parole, la libération et la guérison sont trois opérations qui expriment l’œuvre unique du salut ; et tout tourne autour de la Parole, qui engendre la foi. C’est pourquoi je crois qu’on peut soutenir : la Parole convertit, la Parole libère, la Parole guérit ». S. Babolin, L’esorcismo. Ministero della consolazione. Ed. Messaggero, Padoue 2014, p. 126.

[16] Il suffit, en forme de synthèse sur la question de citer le réquisitoire anti-samaritain de personnes du milieu du Deutéronome, présent en 2 Rois 17.

[17] Si par contre on ne parle pas de magie à Jérusalem et en Judée, c’est probablement dû au fait que l’autorité du Sanhédrin permettait d’empêcher ces pratiques en contraste absolu avec la Torah (Deut.18, 10-14).

[18]“Luc, de toute façon, suivant la manière de voir de la communauté chrétienne, le considère comme un sorcier et un imposteur ». PH. Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale degli Atti degli Apostoli, EDB, Bologne 1997, p. 339.

[19] “Il se peut que Luc veuille stigmatiser avec ce récit certaines tendances gnostiques naissantes. Rappelons que la gnose est une forme d’idéologie religieuse qui prétend offrir une libération spirituelle au moyen d’une « connaissance secrète » transmise grâce à une initiation ».  PH. Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 339-340.

[20] Sur les différentes interprétations de la figure de Simon e de sa relecture patristique J. Roloff, Gli Atti degli Apostoli, Nouveau Testament. Seconde série 5, Paideia Ed., Brescia 2002, p. 186-187; G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, pp. 674-676.

[21] En tout cas le nom de Simon évoque un Juif qui probablement choisit de rester parmi les Samaritains pour pratiquer librement les arts magiques. Par la suite les Actes en donneront d’autres exemples.

[22] Cf. D. Marguerat, Atti degli Apostoli, I, EDB Bologne 2011, p. 332.

[23] Pour une description de l’intentionalité magique et des rites et puissances qui l’expriment, cf. S. Zonin, A. D’Auria, I disagi dell’anima e l’esorcismo. Liberazione e guarigione interiore nel percorso pastorale e terapeutico, Editions Sugarco, Milan 2017, pp. 71-72.

[24]La foule lui attribue un fluide divin qui le place parmi les êtres dotés de pouvoirs surnaturels ». D. Marguerat, Atti degli Apostoli, p. 332. Cf. aussi G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 681.

[25] “Simon était convaincu d’être l’incarnation du Dieu suprême, le dieu thaumaturge apparu sur la Terre à la manière de l’‘homme divin’ ». J. Roloff, Gli Atti degli Apostoli, pp. 182-183.

[26] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, pp. 682.

[27] On peut facilement imaginer qu’il s’agit de ce qui a été présenté dans le sommaire de 8, 5-8.

[28] “Simon retombe dans son ancien modus operandi dans cette Samarie mi-juive et mi-païenne dans laquelle le syncrétisme favorise un amalgame entre pouvoir spirituel et pouvoir de l’argent ». D. Marguerat, Atti degli Apostoli, p. 337.

[29] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 686.

[30] “L’optatif tempère la violence de l’affirmation: il signale que l’apôtre ne vise pas à la perdition de Simon mais à sa conversion”. D. Marguerat, Atti degli Apostoli, 337.

[31] J. Roloff, Atti degli Apostoli, p. 185.

[32] Cf. D. Marguerat, Atti degli Apostoli, p. 338.

[33] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 688.

[34] D. Marguerat, Atti degli Apostoli, p. 326.

[35] Cf. S. Zonin, A D’Auria, I disagi dell’anima e l’esorcismo, pp. 46-52.

[36] Cf. At 13,5.

[37] « Appartenant à une illustre famille romaine, il préfigure les innombrables citoyens de l’Empire qui constitueront une bonne terre pour la Parole de Dieu ». Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 324.

[38] “Ce magicien… est le premier d’une longue série d’adversaires juifs que Saul trouvera sur son chemin partout où il annoncera la Parole”. Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 424.

[39] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 159, n. 35.

[40] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 157. Ce dernier le met en quelque sorte en opposition aussi bien avec le sage Serge Paul qu’avec l’apôtre Paul qui, au v 9, parlera sous l’action de l’Esprit-Saint, donc comme vrai prophète. Qu’on rappelle, en outre, que Barnabé et Saul sont comptés parmi les cinq prophètes et docteurs de l’église d’ Antioche (At 13,1).

[41] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 159.

[42] Cf. R. Fabris, Atti degli Apostoli, p. 401.

[43] Heanchen écrit à ce propos: “Luc passe au nouveau nom au moment où il fait en  sorte que Paul, par un miracle qu’il est  ce missionaire rempli de l’Esprit Saint, désormais le véritable chef du groupe chrétien” . G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 159, n. 37.

[44] Cf. At 13,2.4.

[45] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 160, n. 44.

[46] G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 161.

[47] Cf. At 9,8.18. Dans le récit d’Elymas, de fait, apparaissent les principaux éléments avec lesquels Paul décrit sa vocation missionnaire dans l’apologie devant Agrippa (At 26, 17-18).

[48] « Paul et ses compagnons se sont donc établis dans une ville qui a pour ainsi dire le culte de Rome ». Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 509.

[49] Nous sommes à l’intérieur d’une des sections « nous ».

[50] Python est le nom d’un dragon tué par Apollon, dieu de la divination. Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 284, n. 39. “Il est évident qu’il s’agit d’une aliénée. Luc dit qu’elle est possédée par un « esprit python », se référant au serpent qui gardait l’oracle de Delphes, dont la Pythie était prêtresse ». Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 510.

[51] Cf. Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 510.

[52] Cf. Lc 4,34.

[53] Le verset suivant à caractère d’exorcisme en éclaircira la nature démoniaque.

[54] « Le Seigneur nous habilite au témoignage, pas à la propagande : le témoignage vient de l’Esprit  Saint ; la propagande, du Malin. Accepter le service rendu par l’esclave équivaut à nier la nouveauté du salut, donc à accepter que l’annonce de Paul entre dans le mélange des religions ». S. Babolin, L’esorcismo, p. 132.

[55] Qu’on pense au rôle et à l’influence exercés dans le monde gréco-romain par l’Oracle d’Apollon dans les temples de Delphes et de Didyme, et par les Sybilles variées, non seulement dans les questions d’ordre privé, mais aussi dans les affaires d’Etat.

[56] Sur la question complexe du phénomène médium et de ses causes, cf. S. Babolin, L’esorcismo. pp. 98-109; F. M. Dermine, Carismatici, sensitivi e medium, Edizioni Studio Domenicano, Bologne 2015, pp. 195-278.

[57] C’est ainsi en effet que l’expression grecque dia twn ceirwn est comprise et traduite dans la traduction CEI 2008 de At 5,12.

[58] Comme l’expression grecque identique est par contre traduite en At 19,11.

[59] S. Fausti, Atti degli Apostoli, I, EDB, Bologne 2013, p. 186.

[60] Version hellénisée de l’antique Ishtar, déesse orientale de la fécondité.  Son temple d’Ephèse compte parmi les « sept merveilles » du monde antique. Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 142, n.1.

[61] “Des exorcistes juifs n’étaient certainement pas une rareté au Ier siècle, Justin fait comprendre que les choses en allaient de même aussi au IIe siècle ». G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 355.

[62] Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 352.

[63] Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 562.

[64] En effet, « parmi les techniques de la magie, l’usage d’invoquer le nom secret de quelque divinité ou personnage mystérieux associé à la formule de conjuration était courante ». R. Fabris, Atti degli Apostoli, p. 561.

[65] L’ensemble du récit met ces exorcistes en relation avec la magie. La chose devient évidente surtout dans son dénouement final, aux vv. 17-19, en nous confirmant dans l’opinion de compter les fils de Scéva dans la catégorie des personnages qui se consacrent à faire des conjurations autant pour  “chasser” les maléfices que pour les « lancer ».

[66] La référence à un grand prêtre Scéva, inconnu des sources historiques, rend la nouvelle rapportée par Luc douteuse. Cf. G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 356. À mon avis, de toute façon, on ne peut pas exclure la possibilité d’une noble origine prétendue par les intéressés eux-mêmes. Mégalomanie et aura de mystère sont des ingrédients dont aiment à s’entourer les opérateurs de l’occulte de toujours, comme on le remarque aussi chez Simon le Magicien et chez Elymas.

[67] La présidence du Grand Sanhédrin de Jérusalem, tribunal suprême des Juifs, revenait aussi aux grands prêtres sadocites (Cf. At 4, 5-7 ; 23,6).

[68] Bossuyt, J. Radermakers, Lettura pastorale…, p. 563.

[69] « Il est possible que le narrateur pense à des pratiques de magie que les Ephésiens avaient conservées même après le baptême ».  G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 357.

[70] « La renommée d’Ephèse comme centre de magie était telle, que les papyrus ou rouleaux de parchemin avec les formules magiques s’appelaient ta ephesia grammata même s’ils étaient composés en Egypte. Plutarque, Symposium, VII. 5,4 : « Les magiciens prescrivent de réciter et d’invoquer sur les personnes possédées par le démon les écrits d’Ephèse (ta ephesia grammata) ». R. Fabris, Atti degli Apostoli, p. 560, n.3.

[71] Le commentaire suivant n’est pas hors de propos : « Le fait fait penser à des tentatives de pratiques médiumniques avec des exorcismes ; et je crois qu’il peut suggérer quelque chose à qui, même prêtre, a la démangeaison de faire l’exorciste : et le fait sans mandat de l’évêque, contre la discipline de l’Eglise ». S. Babolin, L’exorcisme, p. 133.

[72] « Selon Wikenhauser, la valeur des livres correspond à 35.000 marcs d’or environ », G. Schneider, Gli Atti degli Apostoli, p. 357, n. 38.

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