S.E. CARD. ERNEST SIMONI TEMOIGNAGE

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S.E. CARD. ERNEST SIMONI TEMOIGNAGE

Témoins : card. Simoni, «  chaque martyr trouve dans l’amour du Christ la force d’affronter les persécutions« 

ALBANIE 4 aout 2017

de Gigliola Alfaro

Le cardinal, qui a reçu la barrette du Pape François le 19 novembre 2016, raconte son histoire. La foi granitique et le remerciement continuel au Seigneur frappent chez lui, malgré les souffrances endurées pendant la dictature communiste d’Enver Hoxha. Il a pardonné à ses bourreaux et s’est employé à la réconciliation entre les personnes. Sa vie est offerte à Dieu et aux autres.

Il y a des vies qui se caractérisent pour être un don pour les autres. Vies dépensées dans l’amour pour Dieu et pour le prochain. Des vies qui n’ont pas reculé d’un centimètre, même face aux tortures et aux persécutions. En Albanie, pendant la dictature communiste d’Enver Hoxha, les prêtres, les religieux et les fidèles laïcs ont été un point de référence pour les autres. Pour le régime, leur présence était un danger, car ils donnaient de l’espoir aux personnes qui souffrent, et leur offrande de vie a été un exemple pour le peuple. Persécutés pour l’amour du Christ, prêtres, religieux et laïcs n’ont pas hésité à mourir pour ne pas renier leur foi. Le 5 novembre 2016, près de la cathédrale Saint-Étienne, 38 martyrs ont été béatifiés, tués au temps de la dictature. Aujourd’hui, dans le pays des Aigles, la liberté religieuse est garantie et de très nombreux missionnaires vont aussi dans les villages et les montagnes où il y a beaucoup de pauvreté, prêts à affronter n’importe quel malaise, pour faire connaître Jésus. Mission menée jusqu’à un âge avancé par le Card. Ernest Simoni, en particulier dans les paroisses de Barbullush et de Trush, à Fushë Arrëz. Comme tant de ses amis, le cardinal aurait été prêt à donner sa vie, mais les projets de Dieu sur lui ont été différents.

Au seuil de ses 89 ans (il est né à Scutari le 18 octobre 1928) et après d’atroces souffrances endurées par la persécution, le cardinal albanais est aujourd’hui un témoin de la façon dont la foi et l’amour pour le Christ ne peuvent être vaincus par les pouvoirs de ce monde. Chez lui frappe la foi granitique et le remerciement constant au Seigneur pour lui avoir donné la force de surmonter toutes les difficultés et un cœur généreux qui n’a jamais cultivé la haine.

Éminence, l’Église albanaise a été très persécutée pour le Christ, mais la foi a résisté. Cela a-t-il été possible pour l’œuvre et le témoignage de prêtres et de religieux comme vous?

J’ai eu des amis prêtres tués pour la foi. Jésus nous a dit :  » Vous aurez des persécutions, de l’adversité, mais ayez confiance. J’ai vaincu le monde ». Jésus est avec tous ceux qui le prient, qui font Sa volonté et l’aiment par ses œuvres, la mortification, la prière quotidienne et tout ce qu’ils font découle de la grâce divine, qui illumine l’esprit et l’esprit de tous ceux qui aiment Jésus sur la Croix, parce que le chemin du paradis n’est pas aussi éphémère que la promesse de ce monde, mais c’est la voie la plus douce et la plus lucide à travers la croix.

Tel a été notre objectif quotidien : approcher Jésus des cœurs des personnes.

Chaque jour, nous étions engagés à faire connaître le visage de Jésus dans leurs cœurs et dans leur âme. Cela a été possible par la grâce et la puissance de l’Esprit Saint.

Après l’avoir connu, le Pape François, sur le vol de retour de l’Albanie, en 2014, a dit :  » Entendre parler un martyr de son propre martyre, c’est fort. »  Parlez-nous de votre expérience …

Le régime communiste tentait de m’éloigner de Jésus. J’étais considéré comme un « ennemi du peuple ». N’ayant pas voulu renier la foi, j’ai été arrêté la veille de Noël 1963 alors que je célébrais la Messe. A la fin de la célébration, ils m’ont enchaîné et ils m’ont lu le décret de pendaison sous l’accusation d’avoir dit au peuple : « Vous devez mourir pour la fidélité à Jésus ».

Avez-vous eu peur ?

Jésus m’a donné la grâce divine d’affronter toutes les épreuves. Ils ont fait tout leur possible pour m’éloigner de Jésus par la force. Ils me demandaient de blasphémer contre Jésus, contre l’Église et contre le Pape. Je n’ai rien accepté et alors ils m’ont mis les chaînes. Mon cœur s’est arrêté, j’ai cru mourir.

Chaque martyr trouve la force d’affronter son propre martyre dans l’amour pour Jésus.

Mais finalement, ils n’ont pas exécuté la condamnation à mort…

Ils avaient mis un espion dans ma cellule. C’était un ami à moi, qui était souvent venu manger avec moi dans le presbytère. Il avait changé et il essayait de me mettre en difficulté. Il me provoquait en me disant:  » Ces communistes sont des délinquants, ils veulent détruire la foi « . J’ai répondu: « Pour Jésus, je suis prêt à donner la vie. Jésus nous a aussi appris à pardonner et à aimer les ennemis. Par son amour pour tous, Jésus a sauvé le monde« . L’espion rapporta ce que j’avais dit au dictateur. Après dix jours, j’ai été commuée à dix-huit ans de prison à la mine de Spaç. Après être sorti de prison, j’ai été condamné à nouveau au travail forcé : pendant dix ans, j’ai travaillé dans les égouts de Scutari.

Durant ces longues et douloureuses années, qu’est-ce vous a soutenu?

La lumière, l’amour, la grâce divine m’ont accompagné chaque jour.

Je n’ai jamais perdu la foi.

J’ai continué à célébrer la Messe, avec une hostie cuite secrètement sur de petits fourneaux, tandis que pour le vin j’utilisais le jus des grains de raisin. Je récitais le Saint Rosaire et je confessais mes compagnons de captivité et dans les mines. C’est Dieu qui nous a tous gardés et sauvés.

Quelle est la situation aujourd’hui en Albanie pour les chrétiens?

Tout est beau aujourd’hui. Il n’y a plus d’empêchement pour ceux qui veulent suivre Jésus, mais l’engagement pour sauver les âmes demeure grand parce que beaucoup sont encore loin de Jésus. Les catholiques d’aujourd’hui en Albanie sont environ 600000, mais le nombre concret de catholiques, orthodoxes et musulmans albanais n’est pas connu parce qu’ils sont dispersés dans le monde entier. Cependant, dans le Pays, les catholiques sont une minorité.

Comment est la cohabitation ?

En Albanie aujourd’hui, tout est amour, fraternité, consensus, accord. Tous prient. Cela a été une grâce spéciale du Seigneur.

Quand le régime athée a pris fin, a-t-il été difficile de retrouver la foi ?

Non, ç’a été le contraire. Quand le régime a pris fin, tout le peuple catholique a cherché Jésus, a prié Dieu, des églises et des mosquées se sont rouvertes. Avec la venue de la liberté religieuse, le Seigneur m’a aidé à servir de nombreux villages et à réconcilier de nombreuses personnes désireuses de vengeance, en éloignant la haine de leurs cœurs.

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